J’appréhende ces dégustations « grand public » où quelques indésirables arrivent toujours à se glisser (on ne sait d’ailleurs jamais comment) et viennent troubler l’ambiance bon enfant qui régne avant leur arrivée.

La semaine dernière, lors d’une de ces dégustations, je goûtais religieusement en compagnie de quelques sommeliers, aussi peu diserts qu’ils étaient amoureux de leur métier, un vin aux arômes subtils ; soudainement, un individu vint nous assommer en nous parlant de ce qu’il avait décelé dans son verre : du poil de renard avec une pointe de champignon !

En un clin d’œil, voici notre intrus rejoint par d’autres comparses : nous étions abasourdis par leur théorie sur la dégustation à savoir qu’un vin ne se goutait jamais aussi bien que dissocié de toute nourriture.

J’avais envie de leur clouer le bec en leur lisant les propos de Jean-Claude Berrouet que Michel Creignou a récemment rapportés dans la revue GaultMillau :

« Goûter et déguster, il ne faut pas confondre. La dégustation m’a toujours semblé intellectuelle, elle dénature le vin et le détourne de sa finalité. Le plaisir d’un grand vin devrait se mesurer avec la plénitude des sens autour d’une table. Créant sa propre atmosphère, il doit s’exprimer naturellement sans faire appel à l’analyse et apporter sa jouissance en racontant son histoire à travers le verre. »

Lors de la prochaine dégustation « grand public » je me promènerai avec le numéro 96 de la revue GaultMillau sous le bras.