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La Campagne 2006...

« A part quelques crus majeurs qui, quelque soit le millésime, ont leurs acheteurs intemporels, il faut très vite que la vaste majorité des producteurs bordelais fasse, pour cette campagne 2006, un geste commercial d’envergure. »

Tel était le message lancé par François Mauss il y a quelques semaines ; ce message dont vous avez peut-être pris connaissance dans cette rubrique a-t-il été entendu ?

La « sortie » des primeurs étant sur le point de se terminer, il semble que nos amis bordelais n’ont pas, à quelques exceptions près, fait la sourde oreille.

Il y a certes quelques irréductibles qui, profitant de l’arrivée des acheteurs chinois ou russes, ont continué à camper sur leur position (je serais tenté d’écrire qu’on les compterait sur les doigts d’une main) ; malgré ces « traditionalistes », il faut reconnaître que nos amis bordelais ont fait un effort que certains d’entre nous espéraient plus significatif mais qui mérite d’être signalé.

Parmi ceux qui ont pensé « clients » avant de penser « super-profits », signalons Montrose, Haut Bailly, Cos d’Estournel, Calon Ségur et Pichon Longueville avec une mention particulière pour Haut Marbuzet.

Attendons le prix de sortie des « premiers » et des « super-seconds » qui ne se sont pas encore manifestés pour savoir si l’appel de François Mauss leur est bien parvenu.

 

Les tyrosémiophiles

Les tyrosémiophiles ont trouvé la devinette d’hier ; ces collectionneurs d’étiquettes de fromages n’ont pas hésité un seul instant : il s’agissait du camembert.

Ce camembert dont on ne sait si la naissance remonte à 1680 ou à la Révolution, un prêtre réfractaire originaire de Coulommiers ayant donné à Marie Harel la recette du fameux fromage briard.

Ce camembert qui fait l’objet d’une guerre entre les neuf fabricants artisanaux qui veulent continuer à n’utiliser que du lait cru pour l’élaboration de leurs fromages et les fabricants industriels qui souhaitent avoir une dérogation, à savoir pouvoir utiliser un lait chauffé à plus de 37°C et ce, tout en gardant l’appellation AOC « Cambembert de Normandie ».

Seul l’INAO est maître en la matière à moins que les Autorités de la Communauté Européenne prennent les choses en main et imposent un point de vue qui risquerait de ne pas être celui des neuf réfractaires qui essaient de perpétuer la tradition du camembert fabriqué avec du lait cru.

 

Devinette...

Ma date de naissance est pour le moins contestée ! Est-ce vers 1680 comme l’attestent les archives du petit village dont je porte le nom ? Est-ce vers la fin du XVIIIème siècle comme la légende le veut et comme en fait foi la statue érigée en l’honneur de cette fermière dont le nom est grave dans la mémoire de tous les tyrosémiophiles.

Quoi qu’il en soit, normand je suis, fier d’appartenir à cette famille de produits nobles au même titre que les olives de Nyons ou que le foin de Crau.

Vous n’avez pas encore trouvé ? Pour vous mettre sur la voie, sachez que Napoléon III m’appréciait particulièrement , que sans un certain Ridel je n’aurais jamais pu sortir de mon pays et que sans la découverte du penicillium candidum j’aurais gardé ce ton bleu-gris qui ne me rendait pas particulièrement attrayant.

Pendant longtemps, comme le béret et la baguette de pain, je fus un des symboles de la France, raison pour laquelle Doisneau m’immortalisa.

Pour terminer, sachez que je suis à l’origine d’une querelle, mon pedigree exigeant que je ne dépasse à aucun moment, lors de mon élaboration, la température de 37°C.

 

« In » and « Out »...

« Dis moi le dessert que tu préfères, je te dirai si tu es « in » ou si tu es « out » », tel était le thème de notre rubrique vendredi dernier.

Peut-on en dire autant des plats traditionnels qui ont fait la gloire de notre cuisine ?

Est-on ringard si on aime le jambon persillé ou la blanquette de veau ?

Est-on tendance si on déteste le canard aux navets ou le cassoulet ?

Est-on un cas désespéré si on préfère la matelote d’anguille à l’émulsion de bar à la coriandre ?

Au fait, Désiré de Parry ne disait-il pas que « le plaisir est toujours légitime » ?

 

Le constructivisme culinaire....

« Cuisiner c’est se donner du plaisir, a déclaré Jean Lhéritier, Président de Slow Food France ; c’est aussi donner du plaisir aux autres. »

« Dans ce cas, le terme de constructivisme s’applique-t-il aux métiers de bouche ou du moins à ceux qui les pratiquent de façon artisanale ? »

Telle est la question que m’a posé un des habitués de cette rubrique et de citer la définition donnée par le Petit Larousse Illustré : « le constructivisme est un courant artistique du XXème siècle qui privilégie une construction plus ou moins géométrique des formes. »

Et mon interlocuteur de poursuivre : « les adeptes du constructivisme culinaire, faisant référence à un courant du siècle passé, auraient-ils quelques décennies de retard ? »

« Le constructivisme culinaire subira-t-il le même sort que la cuisine moléculaire ? Sera-t-il aussi éphémère ? »

« Quoiqu’il en soit, il ne faudrait pas que les théoriciens et les scientifiques prennent le pas sur les praticiens et que la table ne soit plus qu’un plaisir intellectuel. »

Qu’en pense Jean Lhéritier ?

 

Les grands restaurants...

La phobie des grands restaurants, me signale l’un d’entre vous a la suite du carton rouge attribué la semaine dernière, ne date pas d’aujourd’hui.

Preuve à l’appui, voici un texte paru en 1982.

« Naguère, lorsque j’allais dans un grand restaurant, cela me faisait plaisir. Aujourd’hui, ça me fait peur. Le patron, toqué de blanc, a les apparences d’un thérapeute qui va m’examiner. S’il me demande : « qu’est-ce qui vous ferait plaisir ? », j’ai l’impression, en lui disant une bouillabaisse ou un ris de veau, qu’il me regarde avec le sourire indulgent du médecin auquel je me serais permis de suggérer un médicament. »

Ce texte de Pierre Daninos est un extrait de la préface de La Cuisine de Chez Allard, ouvrage de Nicolas de Rabaudy paru aux Editions Jean Claude Lattés.

Mais qu’entend-on par « grand » restaurant ? Ce qualificatif a-t-il encore un sens de nos jours ?

 

Le paradoxe français...

Avec Vinexpo, la fête bat son plein à Bordeaux ; les 2 400 exposants venus de 45 pays verront défiler 50 000 visiteurs, ces 45 pays dont la production totale s’élève à 32 milliards de bouteilles.

Belle occasion pour souligner le paradoxe français (un de plus !).

La consommation mondiale de vin augmente régulièrement tandis que la consommation baisse inexorablement en France ; si nous sommes encore les plus gros consommateurs de la planète, nous ne le serons plus en 2010 : comme nous l’évoquions récemment, nous n’occuperons plus que la troisième place derrière les américains et les italiens (les français en âge de consommer ne boiront plus que 59 litres par an contre 74 dix ans auparavant).

Par contre nous resterons les plus gros consommateurs de whisky (nous en buvons actuellement chaque année 130 millions de bouteilles) ; il en est de même pour la vodka, les liqueurs, le rhum et le porto dont la consommation ne cesse d’augmenter tandis que le cognac est en perte de vitesse dans l’Hexagone.

Nul n’est prophète en son pays !

 

Monsieur Médoc...

Monsieur Médoc, tel est le surnom que l’on a souvent donné à Jean-Michel Cazes, propriétaire du Château Lynch Bages.

Jean-Michel Cazes a décidé de confier les destinées du Château Lynch Bages à son fils Jean-Charles ; pourquoi une telle décision lui ont demandé Laurent Goth et Didier Ters de la revue Bordeaux Aujourd’hui ?

« Tout simplement parce que le monde du vin évolue vite. Il n’est pas mauvais d’avoir une vision moins marquée que la mienne par l’expérience du passé. J’ai vécu les trente dernières années de ce vignoble en le faisant évoluer dans une certaine direction. Aujourd’hui, il faut construire les trente prochaines années. »

Et Jean-Michel Cazes d’exposer dans Bordeaux Aujourd’hui l’évolution qu’a connue le vignoble ces dernières décénnies :

« … on a vaincu la plupart des maladies ; on est passé d’une viticulture artisanale, marquée par des difficultés à la vigne pendant des décennies, à une viticulture plus riche qui a plus de moyens. Ensuite, sous l’effet de la mode, des changements des goûts des consommateurs, on est allé vers des vins de plus en plus concentrés. »

En guise de conclusion, Monsieur Médoc lance un avertissement.

« Il faut également trouver un équilibre entre la qualité et la production. Cela ne me paraît pas être la bonne direction, d’être ultra élitiste. Défendre des prix élevés en réduisant l’offre, personnellement je pense que c’est dangereux. »

Il y a quelques jours, je vous incitais à lire la revue Bourgogne Aujourd’hui ; je ne puis qu’en faire autant pour Bordeaux Aujourd’hui.

 

Rouge, jaune, vert ou violet...

Rouge, jaune, vert, violet… il ne s’agit pas d’une plante-caméléon mais tout simplement du piment qui fut introduit en Europe par Christophe Colomb.

Peut-être auriez-vous trouvé plus facilement si nous vous avions dit que les centaines de variétés se répartissaient en deux espèces : le capsicum annuum et le capscicum frutescens.

Nous vous aurions peut-être mis sur la voie en vous citant toutes ses prétendues vertus thérapeutiques et ses bienfaits contre l’atonie digestive, les rhumatismes, la sciatique, les lumbagos et le… délirium tremens.

Sachez qu’une seule variété a rejoint la grande famille des AOC : le piment d’Espelette qui se présente sous trois formes (frais, encordés ou en poudre).

Une question qui n’a jamais été tranchée : pourquoi le piment fut-il un certain temps banni de l’Abbaye de Cluny ? Etait-ce pour ne pas troubler la quiétude des lieux ?

Nous sommes persuadés que l’un d’entre vous en connaît la raison.

 

Devinette...

Consommé depuis des millénaires au Mexique, j’appartiens à la famille des salonées au même titre que les tomates ou les aubergines.

Aliment de choix, je suis aussi connu pour mes vertus thérapeutiques et ai même servi de monnaie d’échange dans certaines civilisations précolombiennes.

Rouge, jaune, vert ou violet, je me décline en plusieurs centaines de variétés ; pour mesurer ma saveur piquante qui va du doux à l’enragé, Scoville est d'un grand recours.

Ma plus grande fierté est d’avoir rejoint la grande famille des AOC un certain 1er juin 2000.

Rendez-vous demain si vous n’avez pas trouvé qui suis-je.

 

“In” and “Out”...

Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es.

Dis-moi le dessert que tu préfères, je te dirai si tu es « in » ou « out ».

Selon une récente étude, tu es :

  • « tendance », si tu aimes les entremets au safran, au piment d’Espelette ou a la cardamome.
  • « sur la touche », si tu es un fanatique de la menthe, de la réglisse ou de la coriandre.
  • « ringard », si tu préfères les entremets au litchi, à la banane ou à la noix de coco à ceux aux agrumes ou à l’ananas.
  • « un cas désespéré » si tu adores le pain perdu, les quatre-quarts, le sabayon ou la crème anglaise.

Rassure-toi : le baba, le mille-feuille, le soufflé chaud ou glacé et les macarons regagnent du terrain ; aucun risque pour ta réputation si tu choisis l’un d’eux.

Toutefois évite les profiteroles, les financiers, le tiramisu ou les crumbles afin de ne pas être classé parmi la vieille garde réactionnaire.

Au fait, qui a dit que les modes se défont aussi vite que les réputations ?

 

Avec des mots simples...

Gérard Margeon, Monsieur Vin de la Planète Ducasse, vient d’accorder un entretien à la revue Bourgogne Aujourd’hui, entretien que je vous engage à lire et dont je vous livre deux passages très intéressants :

« Y’a-t-il des régions qui vous semblent émerger plus que d’autres dans le monde du vin ? »

« Pour moi c’est simple. Il y a l’hémisphère nord et l’hémisphère sud. L’hémisphère nord est historiquement détenteur de la vérité. Il a un cycle végétatif qui est logique et équilibré. Ce n’est pas le cas dans le sud : même si le terroir est bon, il y a toujours un cycle de végétation qui va vite. Il n’y a pas de belles maturités phénoliques. Alors ce sont des vins impressionnants, pratiques car les clients recherchent le confort du sucre. Aujourd’hui l’acidité et l’amertume sont des délits. Pourtant, elles sont nécessaires dans un vin… C’est rare de parler de terroir dans l’hémisphère sud. »

« Quelles sont les qualités que vous recherchez en priorité chez les sommeliers ? »

« Vous savez ce que je fais lorsque je reçois un candidat ? Je l’accueille, puis on va à la plonge. Je prends un rack de verres et on essuie. En général, je fais les deux tiers du rack, il s’est souvent coupé. Que l’on connaisse les bases d’abord, savoir faire la poussière. La sommellerie s’intéresse aux concours internationaux, c’est bien. Savoir que telle appellation vient de passer AOC, c’est important. Mais pas pour le client en train de manger. Le plus dur c’est d’avoir des connaissances et de les traduire, quand le client le souhaite, avec des mots simples. »

Savez-vous ce que faisait Fernand Point pour juger un candidat ? Il lui demandait de lui préparer un « œuf au plat ».

 

Carton Rouge...

A qui pensais-je en parlant de carton rouge hier ?

Tout simplement à cet animateur « radiophonique » connu pour sa gourmandise qui n’a pas hésité à déclarer à la revue Cuisine et Vins de France :

« Je m’éloigne de plus en plus des grands restaurants pour me rapprocher des petits bistrots où l’on est bien reçu, où l’on établit un contact humain avec les gens et où il y a, comme on dit, un bon rapport qualité prix. »

Comparons ce qui est comparable ! Permettez-moi de vous dire que l’accueil ne dépend pas du genre de l’établissement mais de celui qui l’anime.

Au fait, quand notre ami gourmand sera lassé des bistrots, pourquoi n'adoptera-t-il pas le concept « 45 minutes lunch » que Sofitel, selon Les Echos du 29 mai dernier, compte importer en France après l’avoir testé avec succès aux Etats-Unis : un repas complet servi dans une grande « assiette design » contenant entrée, plat et dessert et « consommable » en trois quarts d’heure.

Quand il sera lassé du « 45 minutes lunch », peut-être reviendra-t-il fréquenter les établissements qu'il fuit actuellement : les grand restaurants !

Mais au fait, qu’appelez-vous un grand restaurant ?

 

Constructivisme moléculaire...

Le constructivisme moléculaire comme la cuisine moléculaire n’a pas que des adeptes.

Ainsi, l’un d’entre-vous m’a signalé l’entretien de Joël Robuchon que la revue « Cuisine et Vins de France » vient de publier dans son dernier numéro, entretien dont voici un bref passage :

« La cuisine d’avenir, c’est celle qui est identifiable, qui est légère, goûteuse et qui ne mélange pas plus de deux ou trois saveurs. Les clients veulent comprendre ce qu’il y a dans l’assiette. »

« La cuisine moléculaire n’est pas du tout à mon goût. Je suis contre les apprentis sorciers qui utilisent dans la haute cuisine des additifs que les services vétérinaires s’efforcent de nous faire éliminer dans l’agro-alimentaire. Tout le monde n’a pas la maîtrise de Ferran Adria. »

« Pour épater les gens avec une cuisine simple, il faut que ce soit vraiment très réussi. Cette cuisine est beaucoup plus compliquée qu’une cuisine sophistiquée. Choisir le bon produit, c’est déjà un gros travail. Faire une cuisine identifiable, ce n’est pas ringard. »

Un conseil : lisez, toutes affaires cessantes, le dernier numéro de Cuisine et Vins de France ; vous constaterez que nous sommes les champions des idées reçues et que certains d’entre-nous mériteraient bien un carton rouge, même amicalement.

 

L’avenir de la cuisine moléculaire...

Que deviendra la cuisine moléculaire ?

Hervé This a récemment répondu sans ambiguïté à cette question dans le journal L’Hôtellerie Restauration :

« « J’espère qu’elle mourra rapidement » ! Une telle déclaration a engendré des « Ah, enfin, il reconnaît qu’il s’est trompé » de la part de bien des personnes qui vivent de fantasmes, d’idées fausses… Non, je ne me suis pas trompé en proposant que la cuisine rénove ses ustensiles, ses ingrédients, ses méthodes ! Il était indécent de cuisiner au XXIème siècle comme au Moyen-Âge ! Il était indispensable que naisse une science, la gastronomie moléculaire (merci de ne pas confondre avec la cuisine moléculaire : la science n’est pas la technique), pour explorer les phénomènes culinaires. »

« D’ailleurs, il faut répéter à certains chroniqueurs gastronomiques, fussent-ils des principaux quotidiens nationaux, que la gastronomie moléculaire ne mourra jamais : elle ne pourra que se développer ! Il était indispensable qu’apparaisse une profession de technologue culinaire pour appliquer les résultats de la science nommée gastronomie moléculaire dans les cuisines et développer ainsi la cuisine qui a été dite moléculaire. »

« Bref, j’espère que la cuisine moléculaire mourra bientôt, parce que cela montrera que la mutation technologique de la cuisine aura eu lieu et qu’elle n’est plus à faire. Et ce sera très bien, parce que j’y vois de la place pour cette prochaine tendance culinaire que j’appelle de mes vœux : le constructivisme culinaire ! »

Le constructivisme culinaire connaîtra-t-il le même sort que la cuisine moléculaire ?

 

Two feet in Bordeaux ; the heart in Burgundy (suite)...

Si vous aviez été des nôtres aux Caves Taillevent, un certain samedi de mars 2006, vous auriez tout de suite trouvé celui dont je vous parlais hier ; celui qui a « deux pieds à Bordeaux et le cœur en Bourgogne » est Stéphane Derenoncourt.

Pour en savoir plus sur celui que l’on présente comme le successeur d’Emile Peynaud, le père de l’œnologie moderne, lisez l’entretien du propriétaire du Domaine de l’A par Olivier Poels sur le site www.wine-in-france.com.

Vous serez étonné par la franchise de cet œnologue autodidacte que tout Bordeaux s’arrache et qui n’hésite pas à déclarer :

« Les bourguignons ont gardé un esprit plus vigneron qu’à Bordeaux où l’on est davantage dans la logique du business et du marketing. »

Si vous goûtez le Domaine de l’A, vous comprendrez pourquoi Stéphane Derenoncourt a déclaré à Olivier Poels :

« J’aime les vins qui ont de la fraîcheur, du gras, de la sensualité… En bref, des vins qui se boivent avec plaisir. Les vins noirs et surextraits, les « bêtes à concours » me laissent indifférents car je n’arrive pas à les boire. »

« Face au terroir, plus l’homme se fait discret, meilleur est le vin. »

 

Two feet in Bordeaux ; the heart in Burgundy...

Né à Dunkerque, j’ai une prédilection pour la Bourgogne et le pinot noir, une admiration sans borne pour Henri Jayer. Et pourtant, je suis « œnologue » à Bordeaux et propriétaire dans les Côtes de Castillon.

Autodidacte, j’ai appris sur le terrain, ayant commencé comme ouvrier agricole en 1982 à Fronsac après avoir été chaudronnier ; le bon sens, l’observation de la nature, le respect du terroir et la recherche de la finesse constituent mon credo.

On me présente souvent comme le successeur d’Emile Peynaud tout en m’opposant à Michel Rolland, ce qui m’agace beaucoup.

Qui suis-je ? Pour vous mettre sur la voie, je vous signale qu’on retrouve ma trace dans la vallée du Rhône, dans le Lot ainsi qu’en Espagne, en Italie, au Liban, aux Etats-Unis et en Syrie.

 

Cuisine moléculaire : to be or not to be !

Beaucoup d’entre vous s’interrogent sur la cuisine moléculaire, sa nature, sur les hommes qui la pratiquent, sur son influence sur la cuisine du terroir, sur son avenir.

Hervé This, chercheur à l’INRA a récemment répondu aux nombreuses questions que vous vous posez. Voici quelques uns des principaux passages de l’entretien qu’il a accordé au journal L’Hôtellerie-Restauration :

Qu’est ce que la cuisine moléculaire ?

« C’est une mode comme le pantalon à pattes d’éléphant ou le rap ou encore… A vrai dire, je ne sais pas très bien car la mode ne m’intéresse pas : la seule chose qui m’intéresse, c’est la science nommée gastronomie moléculaire qui, elle, n’est pas plus une mode que l’astronomie, la physique ou la chimie. La science est éternelle, j’en suis désolé pour certains critiques gastronomiques ou pour certains étoilés : ils devront supporter les avancées de la gastronomie moléculaire jusqu’à la fin de leurs jours ; elle les enterrera ! »

Quand un cuisinier est-il moléculaire ?

« Je propose de prendre comme critère le fait qu’il utilise des ingrédients qui étaient absents des cuisines en 1980 ou des ustensiles qui étaient absents à la même époque ; idem pour les méthodes. Oui, les divers gélifiants tirés des algues ou d’autres sources – bref, tout ce qui n’est ni gélatine ni pectine – étaient utilisés par l’industrie, mais pas par les cuisiniers. Oui, les siphons étaient absents, tout comme les centrifugeuses, les colonnes à distiller, les machines à vide, les thermostats bien réglés (et je rappelle que les catalogues de fournitures pour laboratoires comportent des milliers de pages, avec des ustensiles qui rendraient bien des services aux cuisiniers, de la cuve à ultrasons au filtre imbouchable). »

La cuisine moléculaire anéantit-elle l’importance de la région du terroir ?

« Là encore, je vois mal comment. Après tout, qu’est-ce qui empêche un Alsacien de faire une choucroute à l’azote-liquide, un Toulousain de faire un cassoulet à l’azote liquide ? Pourquoi le Breton ne ferait-il pas des perles d’alginate au blé noir et l’Auvergnat des perles à la châtaigne ? »

Quel est l’avenir de la cuisine moléculaire ? Je vous communiquerai la réponse d’Hervé This dans quelques jours.

 

Recette du Bien-Être...

Il y a des recettes qui ne se démodent jamais ; en voici une qui traversera le temps sans prendre une ride. Son auteur : Michel Bras, le magicien de Laguiole.

« Aujourd’hui, l’espace dévolu à la cuisine s’est réduit, tout comme le temps que l’on y passe. Bien dommage ! La vie s’échappe de ces lieux, et avec elle les valeurs qui cimentaient les vrais bonheurs. »

« Je voudrais suggérer ma recette du bien-être pour re-découvrir ce lieu ; le faire vivre… »

« Je voudrais tout simplement vous demander que, durant un court instant, vous remontiez le fil de votre mémoire. »

« Allez à la rencontre des souvenirs greffés à votre table : les parfums, les goûts, les belles mises de table, les ambiances… Rappelez-vous de l’espace théâtral avec les mises en scène des premières communions, de la journée du cochon peut-être et bien d’autres… Vous savez bien que c’est là que les chamailleries entre frères et sœurs étaient suivies de réconciliations, que les goûters entre copains se réalisaient, que les conversations se liaient et se déliaient… là encore que sous l’œil bienveillant de Maman ou sous le regard interrogateur de Papa nous partagions nos joies, nous évoquions nos peines. »

« Tout naturellement, pour retrouver ces scènes, devenez acteurs, faites jouer. »

« Oubliez de zapper à toute heure du sucré au salé. Retrouvez le bonheur simple du partage. »

« Faite vivre vos cuisines ! »

« Au marché, observez, humez, touchez, découvrez, croquez... sur le chemin du retour, imaginez, évoquez, projetez, salivez déjà… dans la cuisine, épluchez, équeutez, écaillez… puis rissolez, grillez, assaisonnez, tranchez… pour enfin assembler, fleurir et, tout compte fait, offrir du bonheur, du rêve. »

« Tout simplement, vous avez ma recette du bien-être, celle que je cuisine au quotidien. »

Rien d’étonnant que ces quelques lignes soient intitulées : « Recette du Bien-Être ».

 

A bâtons rompus...

Les tomates et le stress

Les tomates regretteraient-elles leur pays d’origine, le Pérou ? Les tomates se seraient mal acclimatées chez nous ? Peut-être, car d’après la revue Newzy, un rien les chiffonne : le manque ou l’abondance d’eau, de sel et de soleil, les trop grandes variations de températures !

Rassurez-vous : tout rentrera dans l’ordre grâce aux recherches de l’Inra qui sont sur le point d’aboutir, 300 personnes travaillant d’arrache-pied sur ce problème depuis trois ans.

Les jeunes et le vin

D’après une étude réalisée par BVA pour le Salon Vinexpo, le vin redeviendrait une boisson à la mode chez les jeunes de 20 à 25 ans.

Les français et les anglais seraient cependant plus conservateurs que les japonais ou les américains ; pas question de présentation en dose individuelle ou dans un emballage autre que le verre : seule la bouteille traditionnelle aurait droit de cité à Paris et à Londres alors qu’à Tokyo et à New York le Tetrapack aux couleurs « flashies » ferait fureur.

Des siècles de retard

Originaire de l’est du bassin méditerranéen, les asperges étaient déjà prisées à Rome par les contemporains de César ; il fallut attendre le règne de Louis XI pour voir l’Asparagus Officinalis cultivé en France et La Quintinnie, responsable des potagers du Roi-Soleil, pour lui donner ses lettres de noblesse.